Claes Oldenburg, The Store, New york, 1961

 
 




Interview sur la Boite en valise
de Marcel Duchamp par James Johnson,
Philadelphie, 1955

 


Marcel Duchamp, La boîte-en-valise, 1936/1968

 
 


(de gauche à droite) Johannes Cladders,
Harald Szeemann, Jacques Caumont, Marcel Broodthaers,
Documenta 5, Cassel, 1972

 

I / MUSEUM OF MUSEUM

MoM a pour volonté d'établir un questionnement lié au white cube1, à son usage, sa remise en cause par les artistes et curateurs, ainsi qu’une réflexion pédagogique concernant le dispositif muséal et la manière dont il est abordé par des spectateurs non initiés à l’art contemporain.
     Dans un contexte où l'histoire de l'art est moins l'histoire des œuvres que l'histoire des expositions, MoM est une structure potentielle de musée, un espace parallèle, pas pour autant fictif. Il est construit autour de la mise en place d'une boîte à outils à destination du spectateur et de l'observation de sa circulation dans l'espace d'exposition.

1.  le premier à avoir écrit l'histoire de ce « cube blanc » est l'artiste américain critique et historien de l'art, Brian O'Doherty.
    Dans son essai intitulé Note sur l'espace de la galerie paru en 1976 dans Artforum, il en donne cette définition : « la galerie est construite selon des lois aussi rigoureuse que celles qui présidaient à l'édification des églises au Moyen Age. Le monde extérieur ne doit pas y pénétrer – aussi les fenêtres sont-elles généralement condamnées. Les murs sont peint en blanc. Le plafond se fait source de lumière (…) l'art y est libre de vivre sa vie. Peut-être un bureau discret pour seul élément de mobilier. Dans ce contexte, un cendrier à pied devient un objet sacré, tout comme un manche d'incendie dans un musée d'art moderne n'évoque pas tant un manche d'incendie qu'une énigme esthétique. »
     Les réflexions de Brian O'Doherty à propos de l'espace de la galerie sont regroupées sous le titre collectif Inside the White Cube. The ideology of the Gallery space, Zurich, JRP Ringier, Lecture Maison Rouge, 2008.








 


Marcel Broodthaers,
Musée d'art moderne département des aigles, Section XIXème Siècle, Bruxelles, 1968/1969

 

II / UNE STRUCTURE MUSÉALE

Selon l'International Concil Of Museums (l'ICOM), le musée est une institution permanente sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d'études, d'éducation et de délectation2.

Le musée est une structure culturelle, on pourrait ajouter aujourd'hui entrepreneuriale, au service de la société et de l'histoire de l'humanité. MoM est une structure répondant aux exigences énoncées par l'ICOM, c'est un musée de musée, un musée pour musée, un musée à la place du musée.
Structure tautologique, c'est une structure potentielle et immatérielle pour partie, principalement protocolaire pouvant prendre forme ponctuellement. MoM, paradigme du musée, peut contenir tous les musées.
      Répondant aux exigences énoncées dans la définition ci-dessus, MoM, contient les caractéristiques, fonctionnalités, organisations, codes de la monstration muséale.
     C'est une structure dynamique et mouvante que l'on peut rapprocher de la notion de structure telle que l'entend Roland Barthes. Pour la définir, il s'appuie sur l'histoire des Argonautes : durant leur périples, ceux-ci ont dû remplacer une à une les pièces du bateau endommagé de sorte qu'à l'arrivée aucune pièce constitutive du bateau initial n'était plus présente3. Habiter une forme, traduire une idée. Ici, celle de musée dans de multiples propositions.

2.  Voir l'évolution de la définition du musée selon les statuts de l'ICOM (2007-1946) sur le site internet de l'ICOM, http://icom.museum/hist_def_ fr.html
3.  Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes, Paris, le Seuil, Collection « Ecrivains de toujours », 1975, p. 50.

 

III / UN MUSÉE PARALLÈLE
BEL ET BIEN RÉEL

Tout comme un musée type, le projet est constitué de départements ayant chacun sa spécificité. Ainsi, MoM est structuré autour de trois pôles : Conservation, Acquisition, Création.

Le pôle CONSERVATION concerne un travail de documentation et d'archivage. Il contient un département intitulé Archivage de supports : Il regroupe ce qui émane d'un musée, l'image diffusée par les institutions, à savoir tout ce que l'on en conserve tel que billets d'entrée, flyers, plans, textes de présentations d'exposition, support de médiation, mais aussi produits dérivés.
     Un second département est celui de l'Image : il consiste à répertorier l'image du musée telle qu'elle est diffusée dans les images cinétiques, au cinéma et dans les publicités, et les images statiques, dans la publicité, les bandes dessinées mais aussi au sein des romans.


Préexistant à ce pôle, celui des ACQUISITIONS concerne la constitution des collections. Cela consiste en l'acquisition d'œuvres d'artistes alimentant les recherches au fondement du projet comme récemment trois toiles de l'artiste tchèque Alice Nikitinova4. Mais aussi, acquisition de produits dérivés tels que les stylos, cartes postales, reproductions aimantées proposés dans les boutiques de musées, extensions faisant partie intégrante de leur identité. Enfin, ce pôle consiste également en la constitution d'une collection d'ouvrages.

Le pôle CREATION est organisé autour d'un département intitulé Pédagogie : il regroupe des supports didactiques, des analyses et lectures actives, telles que des fiches de lectures ou thématiques, concernant des ouvrages et des notions sur les questions précises allant de l'enseignement, l'exposition, la muséographie, à l'historiographie.
     Un second département du Commissariat est dédié aux expositions et éditions ; il a pour mission la valorisation des collections et des partenariats de tout ordre.
     Un autre département intitulé Protocole de recherche a trait notamment aux interviews. Ce dernier pôle induit l'idée que MoM serait en quelque sorte une agence mobile. Une agence autonome regroupant des propositions dont on peut s'emparer. Un musée que l'on peut emmener avec soi.

4.  Voir le site de l'artiste : www.alicenikitinova.net

 

 

 

 
 


Jean-Luc Godard, Bande à part, 1964

 
 


IV / UNE BOITE À
OUTIL POUR LE SPECTATEUR

MoM est une structure doublant une structure réelle afin de mieux la révéler, l'appréhender. Son point de départ est la volonté de mener une réflexion sur l'espace muséal dans son rapport au spectateur. Revenir sur des notions établies, ayant sens pour les professionnels mais n'allant pas forcément de soi pour le public lambda en commençant par interroger ce qu'est un musée ? Comment cela fonctionne t'il ? Revenir sur la notion de white cube devenu un lieu commun : comment appréhender cet espace générique de l'art contemporain ? Qu'est-ce que cet espace, son origine, sa fonction ?
     Dans un contexte artistique et culturel où, pour de multiples raisons, la place du spectateur est de plus en plus prégnante et prise en compte, MoM travaille sur la structure même de l'espace d'exposition, presque dans une démarche de déconstruction afin de donner des armes dans la construction de la position de spectateur. Donner la possibilité au spectateur d'être constructeur de l'espace dans lequel il circule.

Dans cette optique, MoM se situe dans la filiation de démarches d'artistes et de curateurs ayant questionné le white cube et son appréhension par un public n'étant pas forcément familiarisé avec l'art contemporain et plus généralement avec les modes d'exposition. On peut citer par exemple la démarche de Bazon Brock, entre autres co-curateur de la Documenta 5 de Kassel, organisée par Harald Szeemann en 1972, dans laquelle il était chargé de la section intitulée L'art dans sa didactique scientifique et la communication des idées artistiques, ses théories, ses applications5. Ou encore, plus récente cette fois, la démarche d'un artiste slovaque, Roman Ondak6, travaillant précisément sur les perceptions de l'espace d'exposition.

Objet tentaculaire prenant forme de diverses manières, sorte de boite-en-valise extensible en perpétuel mouvement, MoM a l'objectif de participer à une sensibilisation du regard en créant des outils à la disposition du spectateur. Dispositif soutenu par une administration rigoureuse et ouverte, MoM est un outil qui joue justement sur plusieurs tableaux, allant de la réalisation d'exposition à la mise à disposition d'informations, de ses collections par le biais du site internet.

MoM, structure souple et transportable, est une base de données, un outil réflexif sur l'espace d'exposition, son image, qui fournit des informations permettant de l'appréhender le regard aiguisé ou juste désaxé. MoM est aussi incarné dans divers propositions qui actualisent ses questionnements, les prolongent, les font dériver.

5.  Brock s'est beaucoup intéressé à la formation du regard du spectateur ; son objectif est d'amener à comprendre la démarche de l'artiste. Pour ce faire, il a longtemps travaillé à la mise en oeuvre de son École des Visiteurs laquelle pouvait prendre différentes formes : un dispositif de type muséal, une exposition à visée didactique ou la création d'itinéraires multiples que le spectateur pouvait emprunter successivement allant de celui du touriste, du connaisseur à celui de pélerin. Le but de cette école de la vue est de donner des armes de réflexion permettant au spectateur de ne pas se cantonner à un jugement strictement positif ou négatif et de mieux approcher la démarche artistique. Au sujet de la Documenta 5 et plus précisément de l'Ecole des Visiteurs, se reporter à l'ouvrage consacré à Harald Szeemann réalisé par L'école du Magasin : sous la direction éditoriale de Florence Derieux, Harald Szeemann, méthodologie individuelle, Zurich, Grenoble, JRP-Ringier, 2007.
6.  Pour avoir un aperçu du travail de Roman Ondak, se référer à sa galerie parisienne GB Agency : www.gbagency.fr


 
 

 
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